Le piège de l’apparence : PAN, imaginal et manipulation de la conscience
- SEBASTIENNE BROCANDEL
- il y a 7 heures
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Par Yoann Lamant

On oublie souvent que le véritable mystère des PAN ne réside pas dans leurs formes, leurs trajectoires ou leurs performances apparentes, mais dans leur capacité à s’inscrire parfaitement dans nos cadres mentaux. Depuis des décennies, nous tentons de les comprendre à partir de nos catégories techniques, scientifiques ou militaires, comme s’il s’agissait d’objets venus d’ailleurs, porteurs d’une technologie simplement plus avancée que la nôtre. Or cette lecture, si rassurante soit-elle, évite soigneusement une question plus profonde : et si le phénomène n’opérait pas d’abord dans l’espace physique, mais dans l’espace intérieur de la conscience humaine ?
Dans la tradition spirituelle islamique, notamment chez Ibn ‘Arabî, on trouve la notion de monde imaginal, ce plan intermédiaire où l’esprit se corporise et où la matière se spiritualise. Ce n’est ni un monde subjectif, ni un simple imaginaire psychologique, mais une région réelle de l’être, où les formes prennent corps selon des lois qui échappent à notre rationalité ordinaire. Cette idée a été reprise et approfondie par Henry Corbin, qui voyait dans l’imaginal une ontologie à part entière, irréductible à la matière comme à la fiction. Or, si l’on accepte cette hypothèse, alors une autre lecture des PAN devient possible : et s’ils étaient des manifestations issues de cette zone intermédiaire, capables de se donner une apparence adaptée à nos croyances collectives ?
Dans cette perspective, les PAN ne seraient ni de simples machines, ni des hallucinations, mais des formes intelligentes, modulables, capables de se couler dans l’imaginaire dominant d’une époque. Hier, ils prenaient les traits des anges, des démons, des fées ou des djinns. Aujourd’hui, ils revêtent les habits de la technologie extraterrestre, des vaisseaux, des implants, des programmes secrets. Ce mimétisme n’est pas accidentel : il révèle une capacité d’adaptation fine à la psyché humaine. Comme si le phénomène connaissait intimement nos peurs, nos attentes, nos mythologies, et savait les utiliser comme langage.
C’est ici que la notion d’ambivalence devient centrale. Les traditions spirituelles l’ont toujours affirmé : les forces opérant dans les plans subtils ne sont pas univoques. Elles peuvent être initiatiques, révélatrices, transformatrices. Mais elles peuvent aussi être trompeuses, obscurcissantes, manipulatrices.
Dans le soufisme comme dans d’autres traditions, le Divin guide et égare, et les créatures intermédiaires — comme les djinns — possèdent une intelligence bien supérieure à celle des hommes, tout en restant moralement ambiguës. Appliquée au phénomène PAN, cette ambivalence éclaire de nombreux paradoxes : pourquoi ces manifestations semblent parfois porteuses de sens profond, et parfois absurdes, contradictoires, voire mensongères ? Pourquoi elles éveillent certains individus, tout en enfermant d’autres dans des impasses interprétatives ?
Cette dynamique rejoint ce que Jacques Vallée a conceptualisé sous le nom de “système de contrôle”. Pour Vallée, le phénomène ne se contente pas d’apparaître : il agit sur les croyances, les structures mentales, les récits collectifs. Il façonne des paradigmes. Il oriente des communautés entières vers certaines hypothèses plutôt que d’autres. Il ne contrôle pas par la force, mais par la signification. Il agit dans la symbolique, dans l’inconscient, dans les archétypes, comme l’avait déjà pressenti Carl Gustav Jung.
Dans ce cadre, la notion d’abduction mérite d’être repensée. Peut-être que le phénomène n’enlève pas prioritairement des corps, mais des référentiels. Il ne capture pas seulement des individus, mais des systèmes de pensée. Il ne séquestre pas seulement des personnes, mais des communautés entières, en les orientant vers des récits spécifiques : extraterrestres bienveillants, programmes secrets, rétro-ingénierie matérielle, guerre des étoiles. Autant de scénarios qui captivent, rassurent et enferment à la fois.
Ainsi, l’ufologie, loin d’être extérieure au phénomène, pourrait en être l’un des principaux terrains d’action. Non pas parce que les chercheurs seraient naïfs ou incompétents, mais parce qu’ils travaillent précisément là où le phénomène agit : dans l’interprétation. Le militaire, le scientifique, le renseignement, l’enquêteur de terrain, l’ufologue passionné, tous tentent de donner du sens à ce qu’ils observent. Et tous le font avec des outils forgés dans une culture matérialiste, technologique, stratégique. Dès lors, le phénomène n’a qu’à se conformer à ces attentes pour être “compris”… tout en restant fondamentalement insaisissable.
Cela explique pourquoi, depuis des décennies, les gouvernements, les agences de renseignement et les armées semblent tourner en rond. Accumulation de données, rapports classifiés, programmes secrets, budgets colossaux : rien n’aboutit à une compréhension stable. Peut-être parce qu’ils cherchent une technologie là où il n’y a qu’une intelligence symbolique. Peut-être parce qu’ils veulent démonter une machine, alors qu’ils font face à un langage.
Mais il serait naïf de croire que tous sont dupes. Il est probable que certains, au fil du temps, aient compris que le cœur du phénomène n’était pas matériel. Que la “rétro-ingénierie” véritable ne concernait pas des alliages ou des moteurs, mais des mécanismes de manipulation cognitive. Des processus d’influence sur les croyances, les récits, les peurs collectives. Des stratégies d’orientation de la pensée.
Autrement dit : une ingénierie de la conscience.
Dans cette hypothèse, certains programmes secrets n’auraient pas cherché à reproduire des engins, mais à comprendre comment une intelligence non humaine agit sur les groupes humains. Comment elle infiltre les milieux. Comment elle polarise les débats. Comment elle crée des divisions artificielles. Comment elle stimule certaines obsessions. Comment elle détourne l’attention des véritables enjeux spirituels. Nous serions alors face à une vérité dérangeante : le phénomène ne nous aurait pas seulement observés. Il nous aurait formés. modelés, éduqués — parfois — et manipulés — souvent. Il aurait participé, en profondeur, à la structuration de notre imaginaire moderne, de nos peurs, de nos fantasmes technologiques, de notre vision du cosmos.
Dans cette perspective, le grand malentendu de l’ufologie apparaît clairement. Nous avons cru enquêter sur un objet extérieur, alors que nous étions plongés dans un processus intérieur. Nous avons cru étudier des vaisseaux, alors que nous étions engagés dans une épreuve de lucidité. Nous avons cru chercher des preuves, alors que nous étions confrontés à un miroir. Peut-être nous sommes-nous tous fait duper, à des degrés divers : chercheurs, passionnés, institutions, gouvernements, militaires. Non par bêtise, mais parce que le phénomène joue précisément sur ce que nous avons de plus fragile : notre besoin de sens, notre soif de certitude, notre difficulté à habiter l’incertitude spirituelle.
Et peut-être que le véritable enjeu, aujourd’hui, n’est plus de savoir “ce que c’est”, mais ce que cela fait de nous.
Car si le phénomène opère depuis ce monde intermédiaire où l’esprit et la matière se mêlent, alors il nous place devant une responsabilité nouvelle : apprendre à discerner, à ne plus confondre le symbole avec la chose, le signe avec la vérité, l’apparence avec l’essence.
Autrement dit, il nous invite — ou nous contraint — à une maturation intérieure.
Et c’est peut-être là, finalement, son véritable message.
Pour ceux qui craignent une lecture uniquement “intérieure” du phénomène
Il est important, enfin, de préciser ceci pour les ufologues qui pourraient penser que cette approche réduit les PAN à de simples phénomènes psychiques ou symboliques. Il est au contraire très probable que cette intelligence soit capable de produire de véritables objets, de véritables formes, et peut-être même de véritables entités. Le monde intermédiaire dont nous parlons — celui où “l’esprit se corporise et où les corps se spiritualisent” — est précisément la zone ontologique qui permet ce type de manifestations hybrides.
Dans cette région de l’être, la frontière entre le mental, le spirituel et le physique devient poreuse. Une intelligence qui opère depuis ce plan semble maîtriser le temps et l’espace, peut-être parce qu’elle provient d’un niveau de réalité où ces notions n’existent plus comme contraintes fondamentales. Elle paraît également dominer les agrégats et les états de la matière : alliages métalliques atypiques, structures cristallines singulières, phénomènes de transmutation, passages du dense au subtil et du subtil au dense. Non pas comme une “technologie” au sens humain, mais comme une capacité inhérente à sa nature, aussi naturelle pour elle que respirer ou marcher l’est pour nous. Cette intelligence semble avoir intégré une vision idéaliste du réel, selon laquelle tout est d’abord conscience et information, et où la matière n’est qu’une condensation secondaire.
Dès lors, passer de l’information à la forme, de la conscience à la substance, ou inversement, ne serait pas un exploit technique, mais une fonction ontologique. C’est vers cette compréhension que m’ont conduit mes recherches, et c’est ce que je développerai plus largement dans mon prochain livre. Avons-nous récupéré des matériaux exotiques issus de ces manifestations ? C’est plausible. Mais probablement pas des “machines” au sens classique, ni des systèmes de propulsion avancés. Il s’agirait plutôt de cristallisations matérielles temporaires de cette intelligence, de résidus de ses modes d’apparition dans notre monde. Et cette hypothèse change tout : elle nous oblige à dépasser définitivement l’opposition stérile entre le matériel et le spirituel, pour reconnaître que le phénomène opère précisément dans leur zone de fusion.
Pourquoi cette approche réconcilie tout le monde
1. Parce qu’elle réconcilie enfin la matière et l’esprit.
Depuis l’origine de l’ufologie moderne, deux camps se font face : ceux qui ne jurent que par les données physiques, les radars, les traces au sol, les alliages, et ceux qui insistent sur la dimension intérieure, symbolique, spirituelle des expériences. Cette opposition a figé le débat dans une alternative stérile. Or l’approche fondée sur le monde intermédiaire montre que cette séparation est artificielle. Le phénomène opère précisément dans une zone où la matière est déjà informée par la conscience, et où la conscience peut se condenser en formes. Dès lors, il n’y a plus contradiction entre effets physiques et expériences spirituelles : ils sont les expressions complémentaires d’un même processus. Cette vision libère chacun de l’obligation de choisir un camp.
2. Parce qu’elle réconcilie les témoins et les chercheurs.
Pendant longtemps, les témoins ont été disqualifiés au nom de l’objectivité scientifique, tandis que les scientifiques étaient accusés de fermeture d’esprit. Cette approche montre que le phénomène est relationnel : il se manifeste toujours dans une interaction avec un sujet, un contexte, une histoire personnelle et collective. Il n’est pas reproductible mécaniquement, parce qu’il n’est pas indépendant de la conscience qui l’observe. Cela signifie que le témoignage n’est pas une illusion, mais une donnée essentielle, et que la prudence scientifique reste légitime. Chacun retrouve sa place sans être disqualifié.
3. Parce qu’elle relie les PAN aux grandes traditions spirituelles sans les réduire.
Les récits anciens d’anges, de djinns, de messagers, d’esprits, de visions célestes, ont longtemps été considérés comme des mythes dépassés. À l’inverse, certains spiritualistes ont voulu y voir la preuve d’une continuité religieuse pure. L’approche imaginale montre que ces récits et les PAN modernes décrivent probablement le même type de phénomènes, exprimés dans des langages culturels différents. Le phénomène s’adapte aux cadres symboliques de chaque époque. Il ne nie ni la modernité, ni la tradition : il les traverse. Cela permet de relier passé et présent sans les opposer.
4. Parce qu’elle dépasse l’opposition entre scepticisme et soupçon.
D’un côté, certains dénoncent des complots massifs et une dissimulation totale. De l’autre, on affirme qu’il n’existe aucune preuve sérieuse. Cette approche montre que la situation est plus subtile. Oui, il existe du secret, de la dissimulation, des intérêts stratégiques. Mais non, les institutions ne maîtrisent pas réellement le phénomène. Elles sont elles-mêmes confrontées à quelque chose qui les dépasse. L’opacité n’est pas seulement politique, elle est ontologique. Elle appartient à la nature même du phénomène. Cela apaise les excès des deux camps.
5. Parce qu’elle réconcilie les expériences d’éveil et les expériences de désillusion.
Certains ont vécu des rencontres profondément transformatrices, porteuses de sens, d’ouverture, de maturation. D’autres se sentent trompés, manipulés, enfermés dans des récits stériles. Plutôt que de nier l’un ou l’autre, cette approche reconnaît l’ambivalence du phénomène. Il peut être initiatique ou contre-initiatiques selon les individus, les contextes et les moments. Il agit comme un révélateur. Il met chacun face à ses fragilités, ses projections, ses attentes. Cette compréhension permet d’intégrer les expériences positives comme les blessures.
6. Parce qu’elle inscrit le phénomène dans une continuité historique.
Elle montre que nous ne sommes pas face à un événement nouveau apparu au XXe siècle, lié aux avions ou aux satellites. Ce que nous appelons PAN est une expression contemporaine d’un processus ancien. Le phénomène accompagne l’humanité depuis longtemps, en changeant de formes, de récits, de symboles. Il ne dépend pas de notre niveau technologique, mais de notre état de conscience collectif. Cette continuité redonne de la profondeur au sujet et le sort de l’actualité sensationnaliste.
7. Parce qu’elle réconcilie l’être humain avec ses propres limites.Cette approche oblige à reconnaître que notre rationalité est partielle, que notre spiritualité est inachevée, que notre ego collectif est fragile. Elle montre que nous avons voulu tout réduire à nos outils conceptuels : la machine, le calcul, le contrôle. Or le phénomène révèle ce que nous ne maîtrisons pas encore. Mais en même temps, elle affirme notre capacité à évoluer, à discerner, à mûrir intérieurement. Elle ne nous humilie pas, elle nous responsabilise. Elle nous invite à grandir plutôt qu’à fantasmer.
8. Parce qu’elle transforme un conflit en chemin de maturation.Depuis des décennies, l’ufologie est minée par des querelles idéologiques, des luttes d’influence, des guerres de chapelles. Chacun cherche à imposer son interprétation comme vérité ultime. Cette approche change radicalement la perspective. Elle montre que le phénomène n’est pas là pour confirmer une théorie, mais pour provoquer une transformation. Il ne nous demande pas de gagner un débat, mais d’élargir notre compréhension du réel. En ce sens, elle réconcilie parce qu’elle déplace la question fondamentale : non plus « qui a raison ? », mais « que sommes-nous en train de devenir ? ».
Yoan Lamant - Février 2026 - Subtract.




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