LE MUFON MET EN AVANT UNE NOUVELLE MESURE DU GOUVERNEMENT AMÉRICAIN


Par Janny Charrueau
Des personnels soumis au secret peuvent désormais transmettre certaines informations UAP à "PURSUE" dans un cadre juridiquement protégé
Le 15 septembre 2026, le MUFON a choisi de relayer une annonce qui pourrait constituer une étape importante dans le traitement officiel du dossier UAP aux États-Unis.
La veille, le Département de la Guerre américain annonçait la mise en place d’une dérogation juridique ciblée destinée aux personnels actuels ou anciens — militaires, civils et contractants — ayant eu accès à des informations de défense nationale concernant les phénomènes anormaux non identifiés, les UAP.
Derrière une formulation très administrative se cache une question qui revient depuis des années dans le dossier américain : que peut réellement dire une personne ayant travaillé sur un programme classifié lorsqu’elle est tenue par un accord de confidentialité ?
C’est précisément sur ce point que les règles viennent d’évoluer.
Quand le secret empêchait de parler
Certains anciens personnels militaires, membres des services de renseignement ou contractants ont affirmé au fil des années qu’ils ne pouvaient pas communiquer certaines informations relatives aux UAP sans risquer de violer les engagements de confidentialité signés au cours de leur carrière.
Deux types d’accords sont explicitement concernés par la nouvelle mesure : les NDA — Non-Disclosure Agreements, accords de non-divulgation, et les SAPIA — Special Access Program Indoctrination Agreements, liés à l’accès à certains programmes particulièrement sensibles.
Le problème était assez simple : même lorsqu’une personne estimait posséder une information importante concernant les UAP, parler pouvait théoriquement l’exposer à des conséquences administratives ou civiles, notamment concernant ses habilitations de sécurité.
La nouvelle dérogation vise précisément à lever cet obstacle dans un cadre très défini.
Ce que change réellement la nouvelle mesure
Les personnes concernées peuvent désormais transmettre des informations de défense nationale relatives aux UAP aux représentants officiellement désignés de PURSUE, sans que cette communication soit considérée comme une violation des dispositions civiles et administratives de leurs NDA ou SAPIA.
PURSUE signifie Presidential Unsealing and Reporting System for UAP Encounters.
Ce programme est actuellement utilisé par le gouvernement américain pour publier progressivement des archives et documents concernant les UAP. Cinq séries de documents ont déjà été rendues publiques, la cinquième ayant été publiée le 7 août dernier. Le gouvernement indique travailler sur de nouvelles publications.
Mais il faut immédiatement apporter une précision essentielle.
Cette dérogation ne signifie pas que les personnes concernées sont désormais libres de divulguer publiquement des informations classifiées.
Elles ne peuvent pas déposer leurs documents sur Internet, les transmettre librement à la presse ou raconter publiquement le contenu d’un programme protégé sous prétexte qu’il concerne les UAP.
La dérogation s’applique aux communications effectuées dans le circuit officiel PURSUE.
C’est une différence considérable.
Pourquoi le MUFON relaie cette information
Le MUFON a publié le communiqué gouvernemental dès le lendemain de son annonce, le 15 septembre, dans sa rubrique d’actualité.
Pour une organisation consacrée depuis des décennies au recueil et à l’étude des observations d’OVNI/UAP, l’évolution mérite évidemment d’être suivie.
Le MUFON travaille principalement sur une autre catégorie d’informations : celles provenant des témoins et des enquêtes de terrain. Son système permet de recueillir les observations du public, de les documenter et de les soumettre au travail des enquêteurs.
PURSUE intervient, lui, dans un tout autre environnement : celui des archives et informations détenues par l’État américain, dont certaines peuvent relever de la sécurité nationale.
Ces deux circuits ne doivent donc pas être confondus.
Mais ils participent à une évolution commune particulièrement intéressante : essayer de faire passer le dossier UAP de la déclaration à la donnée vérifiable.
Cela prouve-t-il l’existence de programmes secrets consacrés à des technologies non humaines ?
Non.
Et c’est probablement le point le plus important à rappeler.
Le fait que le gouvernement crée une procédure permettant de recueillir des informations UAP protégées par des accords de confidentialité ne démontre pas que ces informations concernent des engins d’origine extraterrestre ou des technologies non humaines.
Le communiqué gouvernemental ne fait aucune reconnaissance de ce type.
En revanche, cette procédure offre désormais une possibilité intéressante : certaines affirmations pourront potentiellement être confrontées aux documents et aux données.
Depuis plusieurs années, le débat américain se heurte régulièrement au même problème : des personnes affirment avoir connaissance de programmes extrêmement sensibles, mais expliquent ne pas pouvoir présenter publiquement les éléments permettant de vérifier leurs déclarations.
Désormais, pour les personnes entrant dans le cadre prévu, l’argument du NDA ne constitue plus nécessairement un obstacle à une transmission aux autorités chargées de PURSUE.
Maintenant, il faut attendre les résultats
Il serait tentant de voir dans cette annonce le prélude à une grande « divulgation ». Ce serait aller beaucoup trop vite.
Pour l’instant, nous avons un mécanisme.
Pas une révélation.
Pas la confirmation de programmes de récupération.
Et encore moins la preuve d’une présence non humaine.
La vraie question commence maintenant : quelles informations seront effectivement transmises grâce à cette dérogation, lesquelles pourront être vérifiées et lesquelles pourront ensuite être déclassifiées et rendues publiques ?
Les National Archives américaines constituent parallèlement une collection spécifiquement consacrée aux UAP, le Record Group 615, alimentée progressivement par différentes administrations fédérales. On y trouve déjà des fonds provenant notamment de la FAA, de la NSA, du FBI, de l’US Air Force, de l’ODNI et du Département d’État.
Le mouvement documentaire est donc bien réel.
Reste maintenant à voir ce qu’il contient.
Et pour le MUFON comme pour tous ceux qui travaillent sérieusement sur ces phénomènes, c’est probablement cela qui importe le plus : moins de déclarations impossibles à vérifier, davantage de documents, de données et de faits pouvant être examinés.
Car dans ce domaine plus encore que dans beaucoup d’autres, ouvrir une porte ne nous dit pas encore ce qu’il y a derrière.



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